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Plaidoyer de Carlos Moreno pour la ville du soin.

  • 4 mai
  • 3 min de lecture

JDD n°55 - Mai 2026


Et si prendre soin de sa ville, de ses habitants et de la nature devenait l’enjeu essentiel pour redessiner des villes et des territoires où le bien-être permettrait de « retrouver l’humanité dans nos villes », voire de les « réparer » ? Et si tout cela nous engageait à changer nos regards sur l’attractivité ?


Dans le numéro d’avril 2025 de ce magazine, je publiais un article sous le titre « Et si le bonheur devenait le fondement de l’attractivité ? » qui présentait la démarche lilloise de conception d’un référentiel du bien-être territorial. L’idée fait son chemin, notamment par la reconnaissance, de la part de nombreux professionnels de l’attractivité, que le meilleur argument de promotion est peut-être celui qui se fonde sur le bonheur, sur le bien-être, des habitants eux-mêmes. Désormais, il est possible d’aller plus loin avec Carlos Moreno et sa « ville du soin ».


« Réparer la ville, c’est retrouver cet esprit originel de la civilisation. C’est réinsuffler dans l’espace urbain cette éthique du soin et de la relation »


Professeur et créateur des célèbres concepts « ville du quart 

d’heure » et « territoire de la demi-heure », Carlos Moreno connaît une notoriété internationale et ses conférences, comme ses conseils, trouvent écho dans de nombreuses villes du monde. Son dernier ouvrage « La ville du soin – Territoires : le bien-être à portée de main » (aux éditions de l’Observatoire), préfacé par la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, entend partager une vérité essentielle : « le bien-être n’est pas un luxe réservé aux métropoles privilégiées, mais un droit accessible à tous, à condition de repenser nos espaces à l’échelle humaine ».


Véritable plaidoyer pour « retrouver l’humanité dans nos villes », le livre s’appuie sur de très nombreux exemples internationaux et français. Au travers de différentes thématiques (les infrastructures sociales, le logement, les mobilités, l’avenir durable, l’alimentation, le commerce de proximité, etc.), se décline ainsi une vision au plus près de la réalité, au service non plus de l’urbanisme, mais bien de l’urbanité, celle « qui conjugue proximité, humanité, inclusion et durabilité » et qui est consciente de la « nécessité de bâtir la ville à la hauteur des habitants ». Tout cela en tenant compte d’enjeux primordiaux : « soigner les territoires revient à réparer les fractures, soutenir les communs, ouvrir des espaces d’espérance. C’est une transformation douce mais radicale [...] une transformation où l’urbanisme n’est plus un outil froid d’organisation de l’espace, mais une fabrique du lien, du soin, du vivant »


Et derrière ces concepts, un fil-rouge : la proximité, qui « peut devenir le levier d’une urbanité régénérative, à la fois plus humaine, plus inclusive et plus durable ». L’auteur décline l’ensemble jusqu’au concept de « proxilience », lorsque proximité se conjugue avec résilience. Carlos Moreno espère même une « proximité heureuse », dans le sens où « elle propose une réponse systémique aux défis qui traversent nos sociétés citadines du XXIe siècle ».



« Le bonheur n’est pas une abstraction : il est à portée de main ... »


Une des autres idées fortes est que « replacer le bien-être au cœur de l’action territoriale ne relève pas de l’utopie, mais d’un choix méthodologique : organiser la ville et les services autour de la vie réelle, des rythmes humains, des besoins différenciés selon l’âge, les capacités, les temporalités ; offrir des alternatives concrètes à l’éloignement, à la précarité urbaine, au sentiment d’abandon ressenti dans de nombreux territoires. ». Et l’auteur d’ajouter que 

« le bien-être territorial n’est plus un supplément d’âme, c’est l’armature d’un nouveau pacte entre les lieux et les habitants ». Mais à une condition, celle « d’en faire une priorité partagée, traduite dans les politiques, vécue dans les pratiques, incarnée dans les territoires ». Car « il s’agit, enfin, de retracer un chemin, non pas pour revenir en arrière, mais pour aller plus loin, en profondeur, pour tisser une autre manière de vivre ensemble dans nos 

villes ».


Ultime question, cette fois personnelle : et si tout cela ne concernait pas seulement les territoires qui veulent attirer, mais également ceux qui veulent retenir ? En somme ceux qui  passeront d’une  « logique d’attractivité à une logique 

d’habitabilité » , pour  reprendre des propos du chercheur  Olivier Bouba-Olga.



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