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Gérer l’eau autrement : l’exemple de la SEMOP de Dinan Agglomération

  • il y a 3 heures
  • 3 min de lecture

À partir du 1er janvier 2026, Dinan Agglomération confie la gestion de son eau potable et de son assainissement à une Société d'Économie Mixte à Opération Unique, créée spécifiquement pour ce contrat avec Veolia. Un modèle contractuel encore rare en France, qui mérite d'être regardé de près.


Ni régie, ni délégation classique : pourquoi Dinan a choisi la SEMOP


Lorsqu'une collectivité doit choisir un mode de gestion pour son service public de l'eau, elle dispose schématiquement de trois options : la régie directe, la délégation de service public classique, ou des formules intermédiaires. La SEMOP appartient à cette troisième catégorie — et c'est précisément ce qui en fait l'intérêt.


Introduite en droit français par la loi du 1er juillet 2014, la Société d'Économie Mixte à Opération Unique permet à une collectivité de créer, après mise en concurrence, une société dédiée à l'exécution d'un contrat unique, aux côtés d'un partenaire industriel sélectionné pour ses compétences. La société est dissoute à l'issue du contrat. Ce qui la distingue d'une DSP classique : la collectivité n'est pas seulement autorité concédante, elle est actionnaire et siège au conseil d'administration.


Pour Dinan Agglomération, ce modèle s'est imposé comme une réponse cohérente à plusieurs enjeux simultanés : la nécessité de moderniser des infrastructures vieillissantes, des exigences réglementaires croissantes en matière de qualité de l'eau et de protection des milieux, et la volonté de conserver une maîtrise publique réelle sur un service essentiel — sans pour autant renoncer à l'expertise d'un opérateur industriel.


Une gouvernance qui change la donne


Dans la SEMOP Eaux de Dinan, Dinan Agglomération détient 40 % du capital, contre 60 % pour Veolia. Cette répartition se traduit directement dans la gouvernance : la collectivité dispose de 4 sièges sur 8 au conseil d'administration. Le conseil est présidé par le  Vice-président de Dinan Agglomération chargé du cycle de l’eau, garantissant la maîtrise stratégique par la collectivité.


Ce n'est pas un détail. Dans une DSP traditionnelle, la collectivité fixe les objectifs et contrôle — mais elle ne décide pas de l'intérieur. Ici, les élus siègent aux côtés de l'opérateur, accèdent en temps réel aux données d'exploitation, et participent aux arbitrages sur les investissements. 


Un contrat structurant, des engagements mesurables


Le contrat de concession confié à la SEMOP Eaux de Dinan court sur 10 ans, pour une valeur estimée à 95 millions d'euros. Il couvre l'exploitation des ouvrages d'eau potable et d'assainissement, la gestion des réseaux, la réalisation de travaux et la relation avec les abonnés.


© Médiathèque VEOLIA - Signature du contrat SEMOP
© Médiathèque VEOLIA - Signature du contrat SEMOP

À compter du 1er janvier 2026, la SEMOP assure :

  • la gestion de l'eau potable pour 28 communes de l'agglomération,

  • la gestion de l'assainissement collectif pour 22 communes situées à l'est du territoire.


Les habitants bénéficieront d'un interlocuteur unique pour l'eau et l'assainissement — une simplification concrète pour les usagers, et un gage de cohérence territoriale pour les élus.


Sur le plan environnemental, les engagements contractuels sont précis et opposables :

  • zéro rejet dans le milieu naturel d'ici 2030

  • réduction de 13,5 % des prélèvements d'eau d'ici 2029,

  • rendement de réseau porté à 90 % en 2029.


Des moyens techniques et humains dimensionnés


Pour tenir ces engagements, la SEMOP s'appuie sur des outils de pilotage numérique des réseaux, permettant une gestion prédictive des infrastructures, l'anticipation des incidents et l'optimisation des interventions. Ces technologies contribuent directement à la réduction des pertes en réseau et à la maîtrise des prélèvements.


Sur le terrain, le service sera assuré par 37 collaborateurs basés localement — une équipe dimensionnée pour garantir réactivité et connaissance fine du territoire. En cas d'incident majeur, un dispositif d'astreinte 24h/24 prévoit une intervention en moins de 45 minutes.


Chaque année, 1,1 million d'euros seront consacrés aux travaux d'entretien et de renouvellement des infrastructures, dans le cadre d'un programme pluriannuel défini conjointement par la collectivité et l'opérateur.


Ce que cela peut inspirer à d'autres territoires


Dix ans après son introduction dans le droit français, la SEMOP reste un modèle encore peu répandu dans le secteur de l'eau. L'exemple de Dinan Agglomération offre un cas concret d'application, avec des caractéristiques qui méritent l'attention des collectivités en réflexion sur leur mode de gestion.


Ce modèle présente un intérêt particulier pour les territoires qui :


  • souhaitent conserver une maîtrise publique forte sans assumer seuls la charge opérationnelle et financière d'une régie,

  • font face à des investissements lourds de modernisation des réseaux,

  • cherchent à inscrire leur gestion de l'eau dans une trajectoire environnementale ambitieuse et contractuellement sécurisée.


Il ne s'agit pas d'un modèle universel. La SEMOP suppose une collectivité en capacité d'exercer pleinement son rôle d'actionnaire — ce qui implique des compétences internes, une implication dans la durée, et une relation de partenariat exigeante avec l'opérateur. C'est à ce prix que la gouvernance partagée produit ses effets.



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