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Le Journal des Départements n°52 - Février 2026


Face à l’urgence, l’innovation s’impose


En France, 1,2 million de personnes vivent avec la maladie d’Alzheimer ou des troubles neurocognitifs, un chiffre qui pourrait atteindre 2,2 millions d’ici 2050. Pourtant, le système actuel d’accueil et d’accompagnement montre ses limites : 100 000 places manquent déjà en EHPAD, et les solutions alternatives se font rares. Comment répondre à ce défi sociétal majeur, tout en respectant les aspirations des personnes concernées et de leurs proches ?


Depuis plus de 25 ans, la Fondation Médéric Alzheimer, reconnue d’utilité publique, s’engage pour améliorer la compréhension de la maladie et l’accompagnement des personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer et leurs proches. À travers son Observatoire et son soutien aux sciences humaines et sociales, elle explore des solutions concrètes, notamment en matière d’habitat. Parmi elles, les colocations Alzheimer se révèlent comme une réponse innovante, humaine et adaptée aux besoins des personnes et de leurs familles.



Un modèle encore méconnu, mais aux atouts indéniables


En France, on dénombre aujourd’hui 90 colocations Alzheimer, contre 3 700 en Allemagne (dont 800 à Berlin). Pourtant, ce modèle séduit par son approche à la fois collective et individualisée :

  • Un cadre de vie familial : chaque résident dispose de sa propre chambre, tout en partageant des espaces communs.

  • Un accompagnement personnalisé et sécurisé : des auxiliaires de vie sont présentes en continu, soutenues par des bénévoles et les familles.

  • Une vie collective stimulante : les résidents participent aux tâches quotidiennes selon leurs capacités, préservant ainsi leur autonomie et leur dignité.

  • Un rythme adapté à chacun : dans ces habitats inclusifs, chaque personne vit à son propre rythme, dans un environnement bienveillant.


Une réponse aux attentes des Français


Les études le montrent : 82 % des Français souhaitent vieillir chez eux, loin des résidences seniors ou des EHPAD. Pourtant, le maintien à domicile n’est pas toujours possible, et l’entrée en établissement est souvent vécue comme une solution de dernier recours, subie dans l’urgence.

Dans ce contexte, les colocations Alzheimer offrent une troisième voie entre le domicile et l’EHPAD. Ces habitats inclusifs permettent à 8 à 10 personnes vivant avec la maladie de cohabiter dans un logement adapté, accompagné 24h/24 par des professionnels, tout en conservant leur autonomie.


Un engagement pour développer ce modèle sur tout le territoire


Pour la Fondation Médéric Alzheimer, les colocations Alzheimer ne remplacent pas les EHPAD, mais elles doivent compléter l’offre d’habitat pour les personnes vivant avec des troubles cognitifs. Convaincue de leur pertinence, la Fondation, en partenariat avec Familles Solidaires, accompagne 10 porteurs de projets dans la création de leur colocation Alzheimer, de la conception à l’ouverture, entre septembre 2025 et novembre 2026.


Et si la solution de demain était déjà là ?


Pour en savoir plus sur ce modèle, découvrez les résultats des études menées par la Fondation, dans la Lettre de l’Observatoire « Colocations Alzheimer : une troisième voie ? » 



Le Journal des Départements n°52 - Février 2026


Au-delà des frontières administratives, les territoires se construisent comme des « marques » : symboles, histoire et récits nourrissent un sentiment d’appartenance et de reconnaissance.

Pascual Lallemand, consultant marque au sein de l’agence Ipanema revient sur les points essentiels.


Il n’est pas rare de développer un lien affectif, identitaire et imaginaire avec certains territoires, au-delà du simple cadre politique et institutionnel. On se sent « de quelque part » parce que ce « quelque part » a travaillé et déployé une histoire, des symboles. En termes de marketing, du branding et du storytelling. Ce lien se joue à plusieurs échelles – les plus connus étant pays, région, ville, parfois quartier – qui peuvent se compléter mais aussi entrer en concurrence.


De cette relation subjective naît du mouvement. Une implication dans le territoire et un véritable « soft power » territorial : quand un territoire est aimé, ses habitants deviennent ses meilleurs ambassadeurs (le fameux exemple des Bretons pour la Bretagne, entre autres).


C’est pourquoi l’univers choisi et investi par les territoires est primordial afin d’émerger. Or, certains territoires y parviennent nettement mieux que d’autres. On dit volontiers « je suis français », « je suis breton », « je suis rennais », mais très rarement « je suis bretillien » (habitant du département Ille-et-Vilaine).

Des enquêtes comme celles de l'INSEE ou du CEVIPOF (sondages identitaires 2010-2025) confirment : seuls 5 à 12 % des Français citent spontanément leur département comme marqueur identitaire principal, contre 40 % pour la commune et 25 % pour la région.


Pourquoi est-il si difficile de construire une identité à cette échelle ?


1/ Origine technocratique : Créés en 1790 pour des raisons pratiques (carrés de 20 lieues, chefs-lieux centraux), les départements sont restés dans leur rôle « pratique », développant peu leur storytelling.

Ils n’ont pas toujours cultivé une profondeur historique contrairement aux provinces d'Ancien Régime comme la Bretagne, la Bourgogne ou même les villes.


2/ Échelles concurrentes dominantes. La région porte les grands récits culturels (Bretagne, Occitanie, Normandie), la ville et le quartier structurent le quotidien, la nation incarne l’appartenance englobante. Dans beaucoup de départements, une métropole concentre l’essentiel de la population.

De fait, dans 80% des départements, une métropole (Rennes, Toulouse, etc.) capte 50-70% de la population, phagocytant l'identité départementale au profit de l'urbain.


3/ Déficit symbolique : peu de fêtes clairement identifiées, peu de symboles forts, peu de produits emblématiques rattachés explicitement à l’échelle départementale. Les gentilés eux-mêmes paraissent parfois artificiels, et l’on a peu pris le temps de transformer ces territoires administratifs en véritables territoires symboliques.


D’où une question centrale : en marketing territorial, comment positionner les départements pour qu’ils aient à la fois du sens et de l’impact ?


« Seuls 5 à 12 % des Français citent spontanément leur département comme marqueur identitaire principal , contre 40% pour la commune et 25% pour la région »


Le département coche les cases de l’action locale, mais n’en tire presque aucun dividende en termes de marque :


Au-delà du débat institutionnel sur le maintien ou non de l’échelon départemental, la situation politique crée pourtant une opportunité : la confiance dans une démocratie trop centralisée à Paris s’effrite, tandis que la demande de proximité et de concret progresse nettement. Les Français attendent des décisions visibles, proches, incarnées ; or, le département est précisément l’un des niveaux où se déploie une grande part de l’action sociale, éducative et solidaire.


Le département apparaît comme un niveau sous-exploité mais socialement robuste : il assure une continuité de l’État et de l’action publique dans un paysage marqué par les fusions régionales et les recompositions intercommunales.


Cette demande de proximité ouvre une fenêtre stratégique : le département coche déjà toutes les cases de l’action locale, mais il n’en tire presque aucun dividende en termes de marque.

Rester individuellement sur un positionnement marketing purement gestionnaire ne suffira pas : trop généraliste, il ne permet ni la différenciation entre département, ni l’adhésion affective.


Plutôt que d’empiler des récits locaux dispersés, les départements gagneraient à assumer ensemble un récit commun : celui du territoire de la proximité républicaine, là où la démocratie se traduit en effets concrets sur la vie quotidienne.


Dans un contexte où les imaginaires culturels et historiques sont déjà saturés par les régions, les grandes villes et le récit national, cette voie paraît crédible. Le véritable enjeu n’est alors plus seulement de défendre l’existence institutionnelle du département, mais d’en faire une marque de confiance démocratique, lisible et désirable aux yeux des habitants.


« Les départements gagneraient à assumer ensemble un récit commun »

Ipanema est une agence de communication indépendante fondée en 1999. Elle accompagne les entreprises, les acteurs publics et territoriaux dans la définition de leurs stratégies de marque, leuranimation et leur déploiement.


Contact : Maxime Hürstel – 




Le Journal des Départements n°52 - Février 2026


Si certains élus, bien que l’attractivité soit souvent un enjeu auquel ils adhérent, ne sont pas encore totalement tournés vers la notion « d’hospitalité », parfois la société civile vient les bousculer quelque peu pour ouvrir le débat et déclencher prises de conscience et réflexions. C’est ce qui se passe depuis quelques temps à Marseille où un collectif a lancé la démarche « Marseille HospitalitéS ».

Marc Thébault, Consultant auprès des collectivités locales en Attractivité et Communication
Marc Thébault, Consultant auprès des collectivités locales en Attractivité et Communication

Le site Marseille HospitalitéS pose d’emblée le cadre : « Comment agir pour que chaque personne, étudiante, festivalière, travailleuse, touriste, migrante, saisonnière, réfugiée, apprentie, aidante, ... se sente désirée, attendue et bienvenue à Marseille ? ». Si le travail du collectif derrière cette démarche dépasse la seule notion d’attractivité, il pourrait néanmoins sacrément l’enrichir.


Composé d’habitants, d’associations locales, d’acteurs économiques et d’acteurs civiques ce collectif souhaite que la question de l’hospitalité s’inscrive dans la politique publique locale et qu’elle soit notamment portée par la campagne municipale. A ainsi été diffusé, notamment aux candidats aux prochaines municipales, 63 propositions pour que cette notion d’hospitalité ne soit pas réservée aux seuls touristes, notamment les touristes à haut pouvoir d’achat, mais puisse aussi se déployer vers les travailleurs (saisonniers, stagiaires, apprentis, détachés, volontaires, télétravailleurs, etc.), les patients des hôpitaux et leurs familles, les étudiants, les marins, les gens du voyage, les pèlerins, etc. Le collectif rappelant ce constat que, au quotidien, si Marseille c’est 70 % de résidents, c’est donc également 30 % de non-résidents, répartis en 15 % de personnes de passage et 15 % de touristes.


Ainsi, depuis 2023, coopératives, associations et citoyens sont réunis sous une même bannière avec cette même intuition : « celle qu’on peut penser l’accueil autrement. Un accueil plus juste, plus ancré, plus sobre ». Leur vœu est que si, à Marseille, l’hospitalité est souvent brandie comme une évidence (« la ville n’a cessé d’être un lieu de passages, de brassages et d’arrivées »), il reste à en faire une réalité partagée : « Marseille a aujourd’hui l’opportunité de devenir la première grande ville française à faire de l’hospitalité un axe central de sa stratégie municipale. Un choix qui pourrait en faire un modèle inédit en France, un laboratoire d’accueil digne, durable, plus robuste économiquement et en cohérence avec une trajectoire de transition écologique. ».


Pour le collectif, être une ville hospitalière est une nécessité. 

« Notre constat est clair : l’hospitalité marseillaise existe. Elle est populaire, inventive et solidaire. Mais elle reste éclatée et épuisée. Elle n’est pas encore pensée comme une politique publique à part entière. Or l’hospitalité touche à tout : logement, santé, santé mentale, mobilité, culture, environnement, justice sociale, etc. [...] 


Le collectif propose une délégation municipale à l’hospitalité, la transformation du Comité des acteurs du tourisme en Comité des acteurs de l’hospitalité, et la mobilisation d’un levier financier existant : la taxe de séjour.

En dix ans, son montant a été multiplié par six, pour atteindre 14 millions d’euros. Il est possible de réallouer a minima 20% de cette ressource à l’hospitalité, inventer de nouveaux dispositifs et renforcer les initiatives existantes, notamment en termes d’accueil des jeunes et des plus vulnérables, pour lesquels les manques sont criants. ».


Après un lancement officiel en février 2024, plusieurs études et un hackathon dédié à l’accueil des jeunes en mobilité, le 4 juin 2025 a été présentée la fresque des hospitalités marseillaises avec notamment 4 thèmes de réflexion : le premier accueil, l’accueil comme soin, l’accueil chez l’habitant et l’accueil collectif. De tout cela a été tiré un « Carnet des hospitalités marseillaises », en forme de livre blanc, qui détaille les 63 propositions évoqués ci-dessus. Il est à retrouver sous ce lien : https://www.marseille hospitalites.fr/notre-carnet-des-hospitalites-marseillaises/


Merci à Bruno Gelsomino, membre de ce collectif, pour ses éclairages indispensables à la rédaction de cet article.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site : https://www.marseille-hospitalites.fr.



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