Tribune de Lionel Chauvin
- La rédaction
- 15 janv.
- 2 min de lecture
Président du Département du Puy-de-Dôme

Agriculture :
« Les Français doivent régler au plus vite leurs contradictions pour soutenir (réellement) les agriculteurs : c’est possible ! » LC
Une grande partie de la population française prétend soutenir les agriculteurs. Et pourtant…
En réalité, les Français, dans leur grande majorité, ne les soutiennent que sous conditions. Et c’est précisément là que tout se bloque.
Au moment de passer en caisse, les consommateurs exigent des prix toujours plus bas dans les hypermarchés, tout en proclamant vouloir mieux rémunérer ceux qui produisent.
Les Français réclament du local, du circuit court, du « produit de la ferme d’à côté », puis ne tolèrent pas – voire engagent des recours contre les nuisances agricoles.
Résultat : des centaines de procédures judiciaires et des normes en tous genres paralysent l’activité.
Les Français rejettent le poulet brésilien et les œufs ukrainiens, mais sans accepter les installations ni les infrastructures nécessaires pour produire davantage chez nous. Que faire ?
Le fameux Not in My Backyard, pas dans mon jardin s’invite de plus en plus dans nos campagnes au rythme d’installation des néoruraux : « oui à l’agriculture française, mais pas près de chez moi ».
Les conséquences sont là, très concrètes. Les rayons se vident. La consommation d’œufs atteint 15 milliards par an, tandis que la sortie progressive des cages fragilise la filière. L’interprofession estime qu’il faudrait construire 300 poulaillers en six ans. Mission quasi impossible dans un pays qui s’accoutume, depuis une alternance de zoonoses, de recours et de décisions préfectorales. Les élevages de Saint-Hilaire, dans le Puy-de-Dôme, en parallèle des productions Label Rouge déjà installées ont été arrêtés.
Et là encore, la mesure de biosécurité des poulaillers de plein air, hautement valorisés par les consommateurs, imposent un couvert obligatoire à 7 000 mètres d’altitude, à hauteur de la zone de vol de la Loutre !
Le voile du cœur empêche parfois de trancher : un pays qui dit soutenir au plus haut point son agriculture mais refuse les moyens concrets de produire, d’investir et de se projeter. Un pays déclare régulièrement dans les rues son amour pour les agriculteurs mais qui bloque toute réforme dès qu’elle implique un arbitrage, un choix, un renoncement collectif.
Pourtant, agir est possible.
Dans le Puy-de-Dôme, depuis 2021, nous avons fait le choix d’une politique agricole volontariste alors même que l’agriculture ne fait pas partie des compétences obligatoires du Conseil Départemental. Mais pas de pays sans paysans ! Soutien à l’installation des jeunes agriculteurs, accompagnement des filières (vinicoles, ovines, porcines, bovines, ail etc…) investissement dans des outils de production locaux comme les abattoirs d’Issoire sont autant de réponses locales à une crise nationale.
Il est temps de changer collectivement de réfléchie.
Ne plus se demander uniquement ce que l’État ou l’Europe peuvent faire pour les agriculteurs mais se battre contre toutes les entraves au travail de celles et ceux qui nous nourrissent et actionner ce que chacun peut faire, à son échelle, pour les aider.
Il y a des choix de consommateurs et des choix politiques qui doivent en dire long sur notre détermination collective à faire (réellement) bouger les lignes.
Lorsqu’ils sont assumés et cohérents, leur combinaison peut être redoutablement efficace. Encore faut-il avoir le courage de les prendre ensemble.
Lionel CHAUVIN
Président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme



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