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INTERVIEW CROISÉS

  • il y a 4 heures
  • 8 min de lecture

Regards croisés entre Mélanie Varnusson, Directrice du GIP Objectif Meuse, et Patrice Torres, Directeur Grand Est de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, sur les dynamiques de développement territorial et l’accompagnement des grands projets en Meuse.


Pouvez-vous présenter rapidement vos deux structures et leurs rôles respectifs en Meuse ?


Patrice Torres, Directeur Grand Est de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs
Patrice Torres, Directeur Grand Est de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs

Mélanie Varnusson :

Le GIP Objectif Meuse est un acteur public créé il y a 25 ans suite à l’implantation du laboratoire souterrain de recherche de l’ANDRA dans le sud meusien. Depuis l’origine, sa mission est d’accompagner cette présence et d’en faire une opportunité pour les territoires d’accueil. Le GIP est aussi l’expression d’une solidarité nationale envers des territoires qui contribuent à un projet scientifique et industriel majeur, dans le cadre d’une politique d’intérêt national.


Aujourd’hui, le GIP est devenu un acteur central du financement public local, avec un budget d’environ 25 millions d’euros, que nous mobilisons au service de projets structurants et à fort impact.


Notre action repose sur deux grands piliers. D’abord, le soutien au développement industriel et au tissu économique, à travers l’accompagnement des entreprises qui investissent en Meuse – PME, ETI ou grands groupes. L’objectif est clair : renforcer leur compétitivité et inscrire durablement la Meuse dans les dynamiques de réindustrialisation.


Ensuite, nous intervenons fortement aux côtés des collectivités pour financer des projets d’aménagement du territoire structurants : infrastructures, services à la population et équipements publics, ou encore projets énergétiques. 


Nous valorisons les projets qui ont une synergie avec la présence de l’ANDRA. Avec une ligne directrice assumée : pas de saupoudrage, mais des investissements ciblés, à fort impact, au service d’un développement équilibré entre pôles de centralité et zones rurales. 


L’originalité du Groupement et sa force résident tout autant dans le partenariat clé noué avec l’État il y a 25 ans que dans sa gouvernance élargie : État, Région Grand Est, Département de la Meuse, EPCI, communes, ANDRA, EDF, ORANO, CEA et chambres consulaires, qui lui assurent un ancrage particulièrement solide.


En résumé, c’est un acteur stratégique au service du développement industriel, économique et territorial en lien avec les enjeux autour de Cigéo porté par l’ANDRA.


Patrice Torres :

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) est un établissement public chargé de la gestion des déchets radioactifs produits en France, avec pour mission de protéger durablement les générations futures. 


Son siège est situé en région parisienne. L’Andra « ferme et surveille » un centre dans la Manche, exploite deux installations industrielles dans le département de l’Aube ainsi qu’un laboratoire souterrain de recherche au Centre de Meuse/Haute-Marne (CMHM).


Ce laboratoire constitue un outil scientifique majeur pour la conception et la réalisation du projet Cigéo. Il accueille des expérimentations qui ont permis de démontrer la faisabilité et le haut niveau de sûreté d’un stockage géologique profond, au sein d’une formation argileuse stable depuis 160 millions d’années, reconnue pour son imperméabilité et sa capacité à confiner durablement la radioactivité.


Au-delà de ces démonstrations, le laboratoire souterrain joue aujourd’hui un rôle clé de préfiguration technique et technologique de l’installation Cigéo. 


Cigéo est le projet français de centre de stockage profond des déchets les plus radioactifs, les déchets de haute activité (HA) et les déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) issus principalement du fonctionnement du parc électronucléaire. Ces déchets, compte tenu de leur dangerosité et de leur durée de vie, ne peuvent pas être stockés en surface ou à faible profondeur. Leur stockage en couche géologique profonde constitue donc la seule option de gestion sûre sur le très long terme.


Le laboratoire souterrain de l’Andra a notamment permis la réalisation de démonstrateurs à l’échelle 1 (galeries de stockage pour les déchets de moyenne activité à vie longue (MA-VL) et alvéoles dédiées aux déchets de haute activité (HA)). Les nombreuses expérimentations qui y sont menées contribuent à développer les connaissances et à valider les techniques de creusement, de soutènement, ainsi que les procédés liés à la prise en charge et au stockage des déchets.


Comment intervenez-vous dans la dynamique de développement et d’attractivité du territoire meusien, chacune dans votre champ d’action respectif ?


Mélanie Varnusson :

Le GIP Objectif Meuse s’impose aujourd’hui comme un levier majeur de l’investissement public en milieu rural en Meuse.


Les collectivités sont au cœur de notre démarche et représentent en moyenne 53 % de nos financements. Les projets aidés ont un impact direct sur l’économie locale puisque la grande majorité d’entre eux est réalisée par des entreprises locales ou régionales.


Ensemble, nous modernisons les infrastructures et renforçons les services à la population : très haut débit dans tout le département, requalifications urbaines d’ampleur, logement, maisons de santé, écoles, périscolaires ou encore équipements sportifs. Depuis sa création, cela représente par exemple 18 maisons de santé, 

35 écoles et équipements périscolaires, et 38 équipements sportifs financés. 


En parallèle, nous visons la transformation de l’appareil productif meusien, en facilitant par exemple les investissements liés à la modernisation, à la transition numérique et digitale, à l’innovation ou encore à la transition énergétique. Quelques exemples significatifs : plus de 30 entreprises financées pour digitaliser leurs outils de production et gagner en productivité, 2 SCOP soutenues lors de leur création suite à des reprises à la barre du Tribunal, des PME financées pour développer leurs projets de R&D, ou encore le soutien à des projets de décarbonation (réseau de chaleur urbain, solaire thermique pour l’industrie, etc.).


Le GIP apporte un effet levier significatif – chaque euro engagé générant en moyenne jusqu’à 4 euros d’investissements – et accompagne les porteurs de projets dans la durée, avec une logique de proximité et de réactivité. 


Enfin, et c’est important, nous intervenons en synergie avec d’autres acteurs locaux qui portent les mêmes ambitions. Nous appuyons par exemple le réseau professionnel Energic S/T 52-55, regroupant plus d’une centaine d’entreprises locales souhaitant améliorer leurs compétences et accéder à de nouveaux marchés, notamment autour de la filière nucléaire et du projet CIGEO. En termes d’innovation, nous soutenons activement le CRITT TJFU, un centre de recherches et de ressources technologiques basé en Meuse, avec lequel nous avons créé une plateforme ouverte aux PME locales. Nous avons également encouragé la création et le développement d’un Pôle de Compétences en Environnement Souterrain en lien avec l’Université de Lorraine, l’ANDRA et la Communauté de Communes des Portes de Meuse. Dans un autre domaine crucial, nous encourageons les lycées professionnels, travaillons avec l’UIMM, pour construire des réponses aux besoins des industriels meusiens et anticiper ceux de la filière nucléaire. L’ancrage territorial est fondamental pour renouveler les compétences industrielles.


L’objectif est clair : faire émerger un écosystème complet, capable à la fois d’innover, de produire et de former, et ainsi renforcer durablement l’attractivité du territoire.


Patrice Torres :

Le Centre de Meuse/Haute-Marne rassemble aujourd’hui plus de 400 collaborateurs (prestataires inclus). L’impact socio-économique des activités de l’Andra est donc d’ores et déjà significatif pour le territoire : à l’échelle des deux départements d’accueil, près d’un millier d’emplois en dépendent, de manière directe, indirecte ou induite. Si le projet Cigéo est autorisé, cet impact est appelé à se renforcer, constituant un levier durable de développement pour les économies locales mais aussi un point d’appui et d’attractivité.


Cet engagement s’inscrit dans un cadre plus large de reconnais-sance par la Nation du choix volontaire des départements de la Meuse et de la Haute-Marne d’accueillir le laboratoire souterrain et, sous réserve de conditions géologiques favorables, un centre de stockage pour les déchets radioactifs de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL). Ce lien entre la Nation et les territoires s’est traduit par la mise en place d’un pacte et la création de ressources financières dédiées, à hauteur d’environ 28 M€ par an, alimentant deux groupements d’intérêt public (GIP), un dans chaque département. Ces ressources ont ainsi permis de soutenir les investissements nécessaires aux besoins du projet Cigéo mais elles contribuent également au développement économique et social du territoire.


Par ailleurs, l’Andra mène des actions concrètes en faveur du tissu économique et social du territoire. Elle travaille en partenariat avec les acteurs locaux (CCI 52/55, Energic 52/55 ST, etc.) ainsi qu’avec les GIP, afin d’accompagner les entreprises dans leur montée en compétences, de favoriser leur structuration en groupements et de faciliter leur accès aux marchés de l’Andra, mais également à ceux des grands donneurs d’ordre tels qu’EDF, le CEA ou Orano.


De leur côté, les opérateurs (EDF, CEA, Orano) ont déployé des programmes d’accompagnement économiques qui ont aussi contribué au développement du territoire avec par exemple l’implantation de bases logistiques ou de maintenance nécessaire au fonctionnement de la filière nucléaire.


Enfin, au-delà de son rôle dans le développement socio-économique local, la présence de l’Andra constitue une vitrine à l’échelle nationale et internationale, au regard de l’excellence des recherches menées au sein du laboratoire souterrain et des nombreuses coopérations scientifiques et techniques qui en découlent.



« Le dialogue et la concertation sont au cœur de Cigéo depuis son origine et se sont progressivement renforcés pour répondre aux enjeux du projet. »

 — Patrice Torres, Directeur Grand Est de l’Agence nationale 

pour la gestion des déchets radioactifs


Depuis 2018, 67 rencontres ont été organisées autour de six grandes thématiques (cycle de l’eau, énergie, transport, aménagement de l’espace et cadre de vie, phase industrielle pilote et gouvernance). Aujourd’hui, la concertation se concentre davantage sur les enjeux liés aux chantiers. Dans ce cadre, un groupe de suivi réunissant une vingtaine de riverains permet d’instaurer un échange régulier pour faire évoluer l’organisation des chantiers et l’information des publics.


Quelles perspectives de coopération identifiez-vous entre vos deux structures pour accompagner durablement les enjeux du territoire dans les années à venir ?


Mélanie Varnusson :

Les perspectives de coopération entre nos deux structures s’inscrivent dans une logique très claire : anticiper et accompagner, dans la durée, les effets du projet Cigéo pour en faire une véritable opportunité de développement pour le territoire.


Comme expliqué, travaillons avec les acteurs concernés pour préparer les besoins économiques liés au projet, notamment en matière de montée en compétences et de structuration des entreprises locales. L’enjeu est de permettre au tissu économique de se positionner concrètement sur les marchés générés par Cigéo. 


Il s’agit aussi d’anticiper de manière très opérationnelle les besoins induits par Cigéo en matière notamment d’habitat, de logement, de services à la population ou encore d’infrastructures. Nous travaillons par exemple avec le Conseil départemental de la Meuse qui va mettre en œuvre un programme pluriannuel d’investissement ambitieux du réseau routier en lien les besoins du projet porté par l’ANDRA. 


Au fond, la ligne directrice est celle d’un partenariat gagnant-gagnant. Comme le rappelle souvent le Président du GIP Objectif Meuse, Jérôme Dumont, la Meuse accueille un projet d’intérêt national. N’oublions pas que nous avons déjà sur notre territoire un laboratoire de recherche d’envergure internationale. Demain, Cigéo constituera un projet industriel structurant pour plusieurs décennies. 


Notre responsabilité collective est forte : faire en sorte que ce projet participe à créer de la valeur localement et à projeter la Meuse dans le monde de demain, avec des bénéfices concrets, visibles et durables. C’est une ambition partagée. 


Patrice Torres :

L’avenir s’inscrit dans une logique à la fois de continuité et d’amplification.


De continuité, tout d’abord, car un travail partenarial de long terme existe depuis de nombreuses années et a déjà produit des résultats concrets. Au-delà des seuls besoins liés au projet Cigéo, la présence de l’Andra et l’action des GIP a permis de soutenir de nombreuses entreprises du territoire, y compris en dehors du champ strict des activités en lien direct avec le projet, contribuant ainsi à leur développement et à leur montée en puissance.


Mélanie Varnusson, Directrice du GIP Objectif Meuse
Mélanie Varnusson, Directrice du GIP Objectif Meuse

D’amplification ensuite, car le projet Cigéo entre désormais dans une phase plus opérationnelle, marquée par les premiers chantiers sur le terrain. Cette dynamique, si le projet est autorisé, a vocation à s’intensifier. Elle se traduira à la fois par des investissements conjoints mais aussi par des actions d’animation territoriale visant à renforcer les coopérations entre acteurs, mais aussi à valoriser le territoire à l’échelle régionale et nationale.


L’Andra et le GIP Objectif Meuse sont amenés à collaborer, aux côtés des autres acteurs du territoire, dans le cadre du Projet de Développement du Territoire. Ce document stratégique, animé par l’État qui, à travers 4 axes stratégiques, contribue de manière très concrète à l’accompagnement du projet Cigéo, à l’aménagement du territoire et à son développement.


« Pas de saupoudrage, mais des investissements ciblés, à fort impact, au service d’un développement équilibré entre pôles de centralité et zones rurales. »

 — Mélanie Varnusson, Directrice du GIP Objectif Meuse

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