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Entretien

  • 6 juil.
  • 5 min de lecture

Le Journal des Départements n°57- Juillet 2026


Entretien avec Christophe Le Dorven : 

L'attractivité est le moteur de toutes nos politiques publiques. Mais aussi avec les autres départements...avec lesquels nous travaillons au sein du G6

À mi-mandat, Christophe Le Dorven, président du Département d'Eure-et-Loir, assume un cap clair : investir massivement pour renforcer l'attractivité du territoire et améliorer le quotidien des Euréliens. Santé, collèges, aides aux communes, l'élu défend une méthode fondée sur le partenariat et l'action collective. Entretien.


Cérémonie pour la Journée Nationale des Pompiers à Châteaudun
Cérémonie pour la Journée Nationale des Pompiers à Châteaudun

Christophe Le Dorven : « Plus un territoire est attractif, plus il devient dynamique »


Malgré un contexte budgétaire extrêmement tendu, le Département d’Eure-et-Loir maintient un niveau d’investissement élevé et poursuit sa stratégie d’attractivité. Santé, soutien aux communes, patrimoine : Christophe Le Dorven détaille les priorités qui guident son action à mi-mandat.


Le Journal des Départements : Votre Département est engagé sur plusieurs politiques publiques structurantes. À mi-mandat, quelle est aujourd’hui votre priorité pour répondre concrètement aux attentes des habitants ?


Christophe Le Dorven : Le cap n’a pas changé. Les difficultés financières et budgétaires se sont poursuivies, voire amplifiées. Pour autant, malgré l’absence de visibilité donnée par les gouvernements d’Emmanuel Macron, nous sommes restés sur une dynamique d’investissement extrêmement forte, en réponse aux besoins du territoire.


Aujourd’hui, nous sommes devenus le Département qui investit le plus de la Région, aussi bien rapporté au nombre d’habitants qu’en volume financier. Et lorsque nous analysons les indicateurs économiques ou fiscaux qui nous sont transmis, nous constatons que les résultats sont à l’image de cet investissement.


Ce n’est pas uniquement une question de conjoncture. C’est aussi le résultat d’un choix politique assumé. Notre volonté est de poursuivre cette dynamique à l’unanimité des conseillers départementaux.


Christophe Le Dorven place le terrain au coeur de son action, au contact des maires, des chefs d’entreprise et des responsables associatifs
Christophe Le Dorven place le terrain au coeur de son action, au contact des maires, des chefs d’entreprise et des responsables associatifs

Cela passe par des investissements sur nos propres équipements et nos politiques publiques (routes, collèges, solidarités…), mais également par l’accompagnement des territoires à travers le Fonds départemental d’investissement, le Plan patrimoine, les dispositifs consacrés à la biodiversité ou à l’eau. Nous soutenons la dynamique de développement des communes et des intercommunalités et les accompagnons dans la réalisation de leurs projets. C’est ce qui rend notre territoire attractif. 


Par ailleurs, nous travaillons fortement sur cette question de l’attractivité avec une conviction : le Département ne peut pas agir seul. Depuis le début du mandat, nous cherchons systématiquement à associer les autres collectivités et les intercommunalités. C’est une méthode à laquelle je crois profondément.



« La santé est devenue la première préoccupation des Euréliens »


JDD : L’accès aux soins est une préoccupation majeure dans les territoires. Vous avez fait de ce sujet une priorité de votre action. Pourquoi cet engagement ?


CLD : La santé n’est certes pas une compétence obligatoire du Département. Mais c’est un sujet sur lequel nous intervenons depuis plus de vingt ans à travers notre Plan Santé 28.


Lorsque nous avons conduit notre démarche prospective Eure-et-Loir 2040, nous avons constaté que l’accès aux soins constituait la première préoccupation des habitants. Plus de 30 % des personnes interrogées plaçaient ce sujet en tête de leurs inquiétudes, très loin devant les autres thèmes.


Nous ne pouvions donc pas faire comme si cela ne nous concernait pas.


Nous avons choisi d’aborder cette question sous l’angle de l’attractivité. Pourquoi les professionnels de santé ne venaient-ils pas s’installer en Eure-et-Loir alors même que notre département dispose d’une qualité de vie remarquable ?


Cette réflexion nous a conduits à agir sur la formation. Avec les parlementaires et l’ensemble des acteurs concernés, nous avons défendu la création d’une faculté de médecine à Orléans.


Quand on travaille ensemble, on avance. Mais cela ne suffit pas.


 Inauguration à Courville-sur-Eure en 2025 
 Inauguration à Courville-sur-Eure en 2025 

« Nous avons choisi de fédérer plutôt que d’agir seuls »


JDD : Vous avez en effet mis en place récemment un dispositif innovant en matière de santé. Pouvez-vous nous expliquer sa philosophie ?


CLD : Notre méthode repose sur le collectif.


C’est ce qui nous a conduits à construire un Pacte Santé réunissant 34 partenaires, dont l’Agence régionale de santé. Il n’a jamais été question d’agir en dehors de l’ARS ou contre elle.


Aujourd’hui, nous observons déjà des résultats concrets. Dix-sept professionnels de santé se sont installés sur le département en un an et demi. Ils exercent dans une trentaine de communes réparties sur quinze territoires différents.


Ce n’est pas un miracle. C’est le résultat d’un travail de fond.


Nous travaillons également sur l’accueil des médecins juniors et sur la formation des maîtres de stage. Pour accueillir durablement de nouveaux praticiens, il faut être capable de les accompagner et de les former.


Tout cela demande du temps. C’est souvent un travail discret, peu visible, mais il finit par porter ses fruits.


« Eure-et-Loir Santé est un véritable guichet unique »


JDD : Quel rôle joue la plateforme Eure-et-Loir Santé dans cette stratégie ?


CLD : Lorsque la ministre de la Santé a confié à Philippe Gouet, mon collègue du Loir-et-Cher, une mission nationale sur la mise en place d’un guichet unique pour les professionnels de santé, notre réaction a été simple : ce dispositif existe déjà chez nous.


Eure-et-Loir Santé fonctionne précisément comme cette porte d’entrée unique.


L’objectif est de simplifier les démarches des professionnels qui souhaitent s’installer sur le territoire. Ils disposent d’un interlocuteur identifié et d’un accompagnement global.


C’est ce que recherchent aujourd’hui les professionnels de santé : de la lisibilité, de la simplicité et un accompagnement concret.


« Préserver notre patrimoine, c’est aussi soutenir l’économie locale »


JDD : Vous avez engagé des actions fortes en faveur du patrimoine local. Quelle est votre ambition dans ce domaine ?


CLD : Notre ambition est de faire perdurer cette politique.


Nous avions construit un plan patrimoine sur quatre ans doté de 15 millions d’euros. Cette enveloppe sera intégralement consommée cette année.


En 2025, 81 projets ont encore été soutenus. Et il faut rappeler que ces 15 millions d’euros ont généré un volume d’investissement beaucoup plus important puisque les subventions ne financent jamais 100 % des opérations.


L’originalité du dispositif est d’avoir accompagné non seulement le patrimoine classé ou inscrit, mais aussi le petit patrimoine local 

non protégé.


Les entreprises spécialisées dans la restauration du patrimoine, les artisans, les couvreurs ou encore les architectes ont bénéficié de cette dynamique pendant quatre années consécutives.


Les effets sont donc multiples : préservation du patrimoine, amélioration du cadre de vie, soutien à l’activité économique et renforcement de l’attractivité du territoire.


C’est un cercle vertueux. Plus un territoire est attractif, plus il devient dynamique. Et plus il est dynamique, plus il renforce son attractivité. « C'est ainsi que nous avons créé sous l'impulsion de Stéphane Bern, Eurélien bien connu, avec Hervé Jonathan, Préfet d'Eure-et-Loir et les propriétaires des sites concernés, l'association patrimoniale "Route Henri IV" qui valorise les lieux emblématiques liés à la figure du roi Henri IV dans le département.  »


Là encore, c’est la force du collectif.


C’est précisément pour cette raison que, malgré les contraintes financières, nous restons profondément attachés à l’investissement.


« Les maires ne sont pas seuls »


JDD : Quel message souhaitez-vous adresser aux maires du département ?


CLD : Le message est simple : ils ne sont pas seuls.


C’est ce que j’ai rappelé récemment lors de l’Université des maires organisée par l’Association départementale des maires de France.


Beaucoup d’élus nous disent ressentir une forme de solitude face aux responsabilités qui leur incombent. Pourtant, ils disposent autour d’eux de nombreux partenaires : l’État, les intercommunalités, les parlementaires, l’Association des maires, mais aussi le Département.


Le Département est le premier partenaire des communes !


C'est d'ailleurs tout le sens des Journées du Département que nous avons organisées en juillet. L’objectif est de permettre aux maires de mieux connaître l’ensemble des services départementaux, leurs interlocuteurs et les ressources qu’ils peuvent mobiliser.


Aucun maire ne doit se sentir isolé lorsqu'il rencontre une difficulté. 


Le rôle de notre Département, grande collectivité de proximité, est d'être présent à leurs côtés, dans les moments simples comme dans les situations les plus complexes.

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