Départements ruraux : les oubliés de la décentralisation ?
- La rédaction
- il y a 3 jours
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Le Journal des Départements n°51 - Janvier 2026

L’annonce d’un « grand acte de décentralisation » par le Premier ministre ouvre un débat essentiel pour l’avenir de nos territoires.
Mais à ce stade, les propositions demeurent trop générales et insuffisamment ancrées dans la réalité des territoires. Or l’action publique ne peut être efficace que si elle prend pleinement en compte leur identité et leur diversité.
Ce qui est pertinent dans une grande aire métropolitaine ne l’est pas nécessairement dans un département rural et de montagne comme les Alpes de Haute-Provence.
Les différentes vagues de décentralisation ont parfois conduit à une complexification institutionnelle et à un affaiblissement des communes et des Départements, notamment depuis les lois MAPTAM et NOTRe. La suppression de la clause de compétence générale et la perte progressive de l’autonomie fiscale ont réduit les marges de manœuvre des collectivités, alors même qu’elles demeurent des échelons de proximité essentiels pour répondre aux besoins quotidiens de nos concitoyens.
Dans les départements ruraux, ces évolutions ont eu des effets très concrets : difficultés à soutenir l’économie locale, fragilisation des mobilités du quotidien, transferts de charges insuffisamment compensés, notamment dans le champ social. L’enjeu est à la fois budgétaire, opérationnel et démocratique. Une réforme de la décentralisation ne pourra être efficace que si elle repose sur des compétences lisibles, des responsabilités clairement assumées et des ressources adaptées, dans une logique de différenciation territoriale.
Cette exigence de différenciation n’est ni un privilège ni une remise en cause de l’unité républicaine, mais au contraire, une condition d’efficacité de l’action publique, en permettant à chaque territoire d’exercer ses compétences au service de l’intérêt général.
À ce stade, nous en sommes encore à une phase de brouillon. C’est pourquoi j’appelle à une association pleine et entière des départements aux discussions à venir. La décentralisation ne peut se faire sans ceux qui assument chaque jour les responsabilités sociales, sanitaires, éducatives et routières qui structurent la vie de nos territoires.
Mais avant toute réforme, l’urgence est connue : la situation financière des collectivités territoriales, et en particulier des Départements. Comment se projeter dans une réforme de cette ampleur lorsque la priorité est, pour beaucoup d’entre nous, de boucler notre budget et d’assurer nos dépenses obligatoires ?
Dans ce contexte pourtant difficile, notre Département continue d’agir et de s’engager.
L’équité territoriale doit rester le fil conducteur de toute stratégie nationale.
Comme vous, Présidentes et Présidents de Départements de France, je réaffirme notre volonté de participer pleinement à l’effort collectif. Mais cette ambition ne pourra se traduire durablement que si l’État construit les réformes avec les collectivités. La péréquation doit rester le fil rouge de cette réforme : elle est indispensable à la cohésion nationale.
La République ne peut être forte que si chaque territoire l’est également. C’est à cette condition que la décentralisation retrouvera tout son sens et toute sa légitimité.
Eliane Barreille,
Présidente du Conseil départemental des Alpes de Haute-Provence



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