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Portrait rédigé par : Jean-Philippe Delbonnel, Rédacteur en Chef du Journal des Départements.



Pierre Girin appartient à ces professionnels dont la trajectoire s’inscrit dans la durée plutôt que dans la rupture. Directeur de cabinet du Département du Rhône depuis 2024, il incarne une forme particulière de savoir-faire territorial : la compréhension intime de l’institution et de son département, le sens des processus et la capacité à tenir le fil des décisions dans le temps.


Entré au Département du Rhône en 2015 comme chargé de groupe, il rejoint le cabinet un an plus tard. Il gravit en dix ans les étapes successives du cabinet. D’abord l’adjoint, ensuite le chef, puis le directeur. Non pas au gré des alternances, mais par consolidation progressive. Ce chemin signale quelque chose de rare : une légitimité bâtie sur la compétence, la proximité avec l’exécutif et la connaissance du territoire.


Le Rhône, depuis la création de la Métropole de Lyon en 2015, est un territoire particulier. Département recomposé, recentré sur un périmètre périurbain et rural, il a dû réinventer ses politiques publiques, ses équilibres et son identité. Dans ce contexte, le cabinet n’est pas seulement un outil politique ; il devient un organe de médiation, de repositionnement territorial et de proximité.


Pierre Girin y excelle par une vertu discrète : la maîtrise. Maîtrise des dossiers, des procédures, des arbitrages, mais aussi des rythmes institutionnels. Le cabinet n’est pas chez lui un espace de mise en scène, mais un lieu de coordination. La politique y prend la forme du travail bien fait au service des habitants.


À côté de ses fonctions, Pierre Girin enseigne les humanités politiques à HEIP. Le détail n’est pas anodin. En transmettant, il formalise ce qu’il a appris dans la pratique : les relations entre élus et administration, la fabrication des décisions publiques, la rhétorique et la communication politique. C’est une forme de maturité professionnelle que peu revendiquent, et que l’on remarque d’autant plus qu’elle se fait sans emphase.


Le portrait de Pierre Girin se lit dans cette cohérence : sérieux, organisé, solide dans le temps, peu enclin au spectaculaire. Un directeur de cabinet qui considère l’action publique comme une architecture qu’il faut assembler, maintenir, corriger et faire évoluer. Une fonction qui demande plus de constance que d’éclats, et où la continuité vaut parfois plus que le mouvement.

Le Journal des Départements n°52 - Février 2026


Une grande partie de la population française prétend soutenir les agriculteurs. Et pourtant…


En réalité, les Français, dans leur grande majorité, ne les soutiennent que sous conditions. Et c’est précisément là que tout se bloque.


Au moment de passer en caisse, les consommateurs exigent des prix toujours plus bas dans les hypermarchés, tout en proclamant vouloir mieux rémunérer ceux qui produisent.


Les Français réclament du local, du circuit court, du

« produit de la ferme d’à côté », puis ne tolèrent pas – voire engagent des recours contre les nuisances agricoles.


Résultat : des centaines de procédures judiciaires et des normes en tous genres paralysent l’activité.


Les Français rejettent le poulet brésilien et les œufs ukrainiens, mais sans accepter les installations ni les infrastructures nécessaires pour produire davantage chez nous.

Que faire ?


Le fameux Not in My Backyard, pas dans mon  jardin s’invite de plus en plus dans nos campagnes au rythme d’installation des néoruraux : « oui à l’agriculture française, mais pas près de chez moi ».


Les conséquences sont là, très concrètes. Les rayons se vident. La consommation d’œufs atteint 15 milliards par an, tandis que la sortie progressive des cages fragilise la filière. L’interprofession estime qu’il faudrait construire 300 poulaillers en cinq ans. Mission quasi impossible dans un pays où chaque projet se heurte à une avalanche de normes, de recours et de décisions parfois ubuesques. En Ille-et-Vilaine, près de Saint-Malo, quatre poulaillers Label Rouge déjà construits ont été annulés par la justice au nom de la loi Littoral : à 700 mètres d’un estuaire, à huit kilomètres de la mer.


Voilà le cœur du problème agricole français : un pays qui proclame son amour pour ses agriculteurs mais leur refuse les moyens concrets de produire, d’investir et de se projeter. Un pays déclare régulièrement dans les rues son amour pour les agriculteurs mais qui bloque toute réforme dès qu’elle implique un arbitrage, un choix, un renoncement collectif.


Pourtant, agir est possible.


Dans le Puy-de-Dôme, depuis 2021, nous avons fait le choix d’une politique agricole volontariste alors même que l’agriculture ne fait pas partie des compétences obligatoires du Conseil Départemental. Mais pas de pays sans paysans ! Soutien à l’installation des jeunes agriculteurs, accompagnement des filières (vinicoles, ovines, porcines, bovines, ail etc..), investissements dans des outils de production locaux comme les abattoirs d’Issoire sont autant de réponses locales à une crise nationale.

Il est temps de changer collectivement de réflexe.


Ne plus se demander uniquement ce que l’État ou l’Europe peuvent faire pour les agriculteurs mais se battre contre toutes les entraves au travail de celles et ceux qui nous nourrissent et actionner ce que chacun peut faire, à son niveau, pour les aider.


Il y a des choix de consommateurs et des choix politiques qui doivent en dire long sur notre détermination collective à faire (réellement) bouger les lignes.


Lorsqu’ils sont assumés et cohérents, leur combinaison peut être redoutablement efficace. Encore faut-il avoir le courage de les assumer ensemble.


Lionel Chauvin

Président du Conseil départemental du Puy-de-Dôme

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